In Memoriam
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In Memoriam, radiographies, broderie au fil de soie végétale, fil de coton, papier végétal, cire, organza.

Mon projet matérialise l’hybridation de l’humain et du végétal, tous deux partie prenante de la Nature. J’ai pensé l’ensemble comme un vestige archéologique, comme enfoui sous une couche de végétaux. Ce vestige se compose d’un ensemble de motifs de fleurs brodés, d’une superposition de papiers végétaux réalisés à partir de feuilles provenant de différentes essences végétales (chêne, érable et bambou) et de radiographies humaines. Les feuilles de papier semblent être soumises à la destruction, à la décomposition liée au temps qui passe. Elles apparaissent à la surface du corps radiographié, comme une peau. Les motifs de fleurs et leurs tiges révèlent la vitalité du monde végétal par leurs couleurs et leur mouvement. Les tiges s’entortillent et se nouent autour des ossements tandis que les fleurs expriment (affichent) leurs délicatesses La présence du papier, du végétal et des ossements sont une trace de l’éphémère et de la fragilité de la vie.

Classée X
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Classée X, radiographie d’un bassin féminin, broderie au point de croix, fils de cotons de couleur, 28 x 35 cm, 2018.

Le point de croix est encore aujourd’hui le premier point de broderie que l’on apprend, car il est simple et s’effectue sur une trame à intervalles réguliers. C’est un point rigoureux et contrôlé qui ne supporte pas les débordements. Associé aux carrés de pixels, tous les points de croix sont entièrement circonscrits.

Il  est à noter par ailleurs que la racine grecque du verbe broder « kentein, kentéo »  signifie « aiguillonner, piquer, percer ». La broderie ici traverse par piqure la matière radiographique, lieu de l’intime et du non-visible.

La broderie recouvre la radio, jouant ainsi sur la transparence et l’opacité. Elle freine l’émission lumineuse et apporte matière et couleur qui contrastent avec l’aspect clinique, froid et lisse de la radio. La broderie est un art de la patience et de la lenteur. Elle vient en contrepoint de la vitesse des nouvelles technologies, de la société de consommation et du tout jetable.

Le sexe féminin pixellisé se superpose à la radiographie d’un bassin féminin. La pixellisation, en lien direct avec l’image numérique issue de l’ère informatique, vient en contraste avec l’image analogique qu’est la radiographie. La pixellisation, effet produit lorsque les points qui composent une image deviennent apparents, évoque ici la censure des parties génitales d’une femme

Fossiles

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L’assemblage de radiographies d’animaux récupérées auprès des cabinets de vétérinaires et d’humains met à jour, par superposition, des créatures chimériques laissant apparaître les os et quelque chose de l’intérieur. Composée d’éléments dissemblables, la créature obtenue fait figure de monstre. Le terme « monstre » provient du latin monstrare – de « montrer, indiquer » et de monstrum, « avertissement, présage », lui-même issu de monere, « inspirer, éclairer ». Dans un rapport de montré-caché, de transparence et d’opacité, d’envers et d’endroit, le monstre met ici à jour sa propre difformité. L’image par traversée qu’était toute radiographie argentique[1]de l’organisme vivant et interne affiche la structure d’un corps désincarné ; les points de vue, les proportions faussent la réalité et stimulent la rêverie de la fantaisie. La picturalité de la broderie, élément de couleur qui apporte matière et opacité, « habille » le squelette.

[1] La radiographie argentique sur film a été supplantée par l’image numérique.

Fossile #3, "La Chute", radiographies, fil de coton, 110 x 40 cm, 2017.
Fossile #2 Écorché - Laure JOYEUX
Fossile #2, "Ecorché", radiographies, fil de coton, 70 x 90 cm, 2015.
Fossile #1, radiographies, fil de coton, fil de nylon, 49,5 x 69,5 cm, 2013.
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